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Récolte du maïs fourrage, pas d'improvisation

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Produire d’abord du lait avec des fourrages de qualité reste le meilleur moyen de limiter la facture des concentrés et de diminuer le coût alimentaire. 

Lorsque les conditions de cultures sont “normales”, le stade optimal de récolte se situe entre 30 et 35% de matière sèche dans la plante entière, avec un optimum à 32-33%. À ce stade, les trois amidons (laiteux, pâteux et vitreux) sont répartis en trois tiers dans les grains de la couronne centrale de l’épi. Au dessous de 30% MS, la plante n’a pas atteint son taux de rendement maximum. Au dessus de 35% MS, on s’expose à des difficultés de tassement pouvant entrainer des difficultés de conservation du silo.

 



Conservation et consommation: maîtriser la finesse de hachage 
 

Le hachage a un double objectif: hacher fin pour faciliter le tassement du silo tout en laissant des brins assez longs pour la mastication des vaches. Les gros morceaux (> 20 mm) sont indésirables car ils gênent le tassement et provoquent des refus à l’auge : il ne faut donc pas dépasser 1 % de gros morceaux (un gobelet pour un seau de 10 litres). Pour les particules moyennes (entre 10 et 20 mm), il faut viser l’objectif de 10 à 15 % au moment de la distribution à l’auge. 

Les dessileuses et les mélangeuses réduisent la taille des particules: l’ensilage de maïs peut perdre, en 5 minutes de mélange, un tiers de ses particules moyennes. Le tamis secoueur est un outil efficace pour juger de la finesse de hachage à la récolte mais aussi à l’auge. La taille de la coupe au moment de l’ensilage tient compte de la matière sèche, des équipements de reprise, du mode de distribution et de la composition de la ration. 

L’attaque des grains est à adapter à la maturité : l’amidon vitreux des maïs à plus de 32 % de MS a besoin d’être fractionné pour que sa digestion soit optimisée. La coupe des particules doit être franche et nette, ce qui nécessite l’affûtage régulier. A côté de la longueur de coupe, pour maîtriser l’acidose, il faut aussi veiller à la teneur en amidon de la ration qui ne doit pas dépasser 28-30 % de la MS totale de la ration.

 


Silo : ni terre, ni air

La terre apportée par les roues des tracteurs et des remorques est une source de spores butyriques qui nuit à la bonne conservation du silo et pénalise la qualité du lait.  Pour éviter ce risque, préférez les silos sur sol bétonné et les zones de circulation proches du silo en terrain stabilisé. 

Il faut aussi tasser pour enfermer le moins d’air possible dans le silo. L’objectif après récolte est d’obtenir un milieu anaérobie (absence d’oxygène), avec un PH inférieur à 4 pour favoriser les fermentations lactiques. Voilà pourquoi, il est important de chasser le maximum d’air du silo par un tassement efficace. A 30 % de MS, il y a 1 m3 d’air à chasser par tonne de MS. En quelques heures (3 à 4 heures), il n’y a plus d’oxygène dans le silo et les bonnes fermentations démarrent. A plus de 35% de MS, l’air enfermé représente 3 m3 par tonne de MS, chaque m3 de silo est plus difficile à tasser. 

Les ensileuses sont aujourd’hui puissantes et rapides et le tracteur tasseur n’a souvent plus le temps d’effectuer un travail correct, surtout en cas de taux de MS élevé. Dans ce cas, il faut revoir la cohérence du chantier et prévoir la confection simultanée de deux silos avec deux tracteurs tasseurs. Etalez en couches fines bien tassées et adaptez la hauteur pour permettre une avancée satisfaisante du front d’attaque. Couvrez hermétiquement avec une bâche fine de 40-50 microns qui assure un bon contact avec le fourrage et élimine les poches d’air en surface. Une seconde bâche de qualité (100 microns et plus) protège le silo des pluies, du soleil et des ravageurs. Dans la mesure du possible, commencez à ensiler les parcelles les plus avancées en début.

 


Front d’attaque du silo : prévoir un avancement suffisamment rapide 

Au silo, les pertes interviennent surtout au front d’attaque, pendant l’utilisation de l’ensilage. Une des conditions à respecter pour éviter les échauffements consiste à adapter la hauteur du silo pour permettre un avancement plus rapide du front du silo que la reprise des fermentations. 

On retient généralement les valeurs minimales suivantes d’avancement du front d’attaque : 10 cm par jour en moyenne en hiver, 20-25 cm par jour en moyenne en été. Pour éviter l’échauffement du maïs fourrage, responsable d’une baisse d’appétence et de consommation, quelques conseils :

  • Obtenir un front d’attaque le plus net possible, ce qui évite la reprise de fermentation
  • Nettoyer chaque jour le pied de silo ce qui limite les occasions d’échauffement, de perte d’appétence et de baisse de valeur nutritive
  • Eviter de débâcher le silo pour une semaine complète : préférez un débâchage tous les 3 jours (2 par semaine)
  • Bien charger la bâche au front d’attaque pour limiter l’entrée d’air et la reprise de fermentation

 

 

Soignez la transition alimentaire avec le nouveau maïs fourrage

Changer de maïs sans transition peut induire une baisse d’ingestion jusqu’à 3 kg de matière sèche par jour avec des vaches qui mettront deux mois pour retrouver leur niveau d’ingestion initial! En début de lactation, imaginez les dégâts. S’il vous reste du maïs de l’année dernière, il peut donc être intéressant, comme certains le pratiquent, de le détasser et de le stocker devant le nouveau maïs. S’il en reste peu, et que le silo couloir est accessible des deux côtés, on peut pendant quelque temps désiler l’ancien maïs par l’arrière du silo. 

Si vous êtes en rupture de stock lors de l’ensilage, il faudra laisser stabiliser le nouveau maïs pendant trois semaines avant d’ouvrir le silo en réalisant un petit silo complémentaire pour cette période. Evitez également de modifier les autres composants de la ration ou d’augmenter les quantités de concentrés (ou co-produits) lors de cette phase délicate de transition. L’utilisation de bicarbonate pendant cette période, à raison de 200 à 250 g/VL/jour, peut s’avérer utile.

 

Contact: Pierrick BOULAN